A Perpignan, les jeunes évangélisent par la joie

Il suffit de peu de choses pour témoigner de sa foi en public



Touchés par les paroles de Benoît XVI à Paris, vingt-deux jeunes du groupe Mère Térésa ont annoncé l'Evangile dans les rue de Perpignan, un samedi de fin novembre.
Dans cette interview, le Père Pierre Téqui, vicaire à Prades et aumônier des Guides d'Europe nous partage cette expérience.


Comment vous est venue l'idée d'aller dans les rues ?
A l’occasion du voyage du Saint Père en France en septembre dernier, trente jeunes chefs et cheftaines des Groupes de Guides et Scouts d’Europe de la Paroisse Saint Joseph de Perpignan se sont rendus à Paris. S’adressant aux jeunes sur le parvis de la cathédrale Notre Dame, Benoît XVI les a encouragés à ne pas avoir peur de parler de Jésus-Christ aux jeunes de leur âge qui ne le connaissaient pas, en s’appuyant sur la force de l’Esprit Saint et sur la fécondité du sacrifice de la croix. Nous avons été touchés par ces paroles du Saint Père qui nous assurait aussi que l’Eglise comptait sur les jeunes… et qu’il avait confiance en eux ! Nos trois jours de pèlerinage à Paris nous ayant permis de confronter notre joie et notre uniforme scout au regard étonné des passants, nous avons réalisé qu’il suffisait de peu de choses pour témoigner de sa foi en public, comme plusieurs prêtres rencontrés lors de notre pèlerinage nous y invitaient. Le dernier soir, devant la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, le plus jeune d’entre nous nous a convaincu de la nécessité de passer à l’action, et nous avons employé une heure de notre soirée à chanter, à rencontrer les nombreux badauds, et à prêcher en public sur notre foi en Jésus-Christ. Le lendemain, après une nuit d’adoration, Ségolène, dix-sept ans, décidait de prendre les choses en mains, et vingt-deux jeunes du groupe acceptaient de se mettre au travail dès leur retour pour réaliser une opération d’évangélisation dans les rue de Perpignan !

Comment vous vous êtes-vous préparés ?

De retour à Perpignan, tout restait à construire, car si l’enthousiasme restait intact, les objections commençaient à affluer de toutes parts, et personne ne savait vraiment quelle était la meilleure façon de s’y prendre dans le contexte perpignanais où nous rencontrerions inévitablement des camarades de classes, et les gens que nous connaissons… Au récit inattendu de notre pèlerinage parisien, l’abbé Savioz a interprété cet événement comme un signe et un appel de l’Esprit Saint à entreprendre une évangélisation plus audacieuse, plus gratuite, plus prophétique que par le passé. Monseigneur Marceau faisait alors la revue des doyennés pour dire aux prêtres qu’il fallait « se bouger » pour aller vers les hommes et les femmes qui ne fréquentent pas nos Eglises…Notre appel était clair !

Que dire de plus essentiel sur notre foi ? Quel témoignage personnel pourrions-nous donner ?
Après un bilan de notre expérience parisienne, deux rencontres de préparations à Saint-Joseph ont été organisées pour réfléchir aux questions essentielles : pourquoi évangéliser ? Que dire de plus essentiel sur notre foi ? Quel témoignage personnel pourrions-nous donner ? Quelles dispositions adopter face aux passants hostiles ou indifférents ? Comment faire… ? En outre le Groupe Mère Térésa, auquel appartiennent tout ces jeunes, a organisé une soirée de novembre sur le thème de l’évangélisation, avec l’excellent témoignage d’une jeune femme de Collioure, membre de la communauté de l’Emmanuel, et ancienne de l’Ecole d’Evangélisation de Paray-le-Monial…
Les cœurs se sont alors préparés peu à peu. Les discussions avec les aumônier scouts et guides allaient bon train… Ne sommes-nous pas en train de dénigrer la forme réelle d’évangélisation que nous entreprenions jusqu’ici dans le cadre du scoutisme ? Comment faire lorsqu’on est pour, mais qu’on pense être incapable d’agir en public ? De quel événement surnaturel pourrais-je témoigner dans ma vie ? …
En ce qui concerne le mode opératoire, nous avons alors décidé de mettre au profit de notre projet nos compétences scoutes d’animations de veillées pour organiser un petit spectacle de rue.

En ce qui concerne la philosophie du projet, nous avons défini trois lignes de conduite :
1) Personne n’est obligé de participer : ce sera une opération de volontaires, et l’on comprend que certains ne se sentent pas appelés à évangéliser de cette manière.
2) Chacun doit pouvoir participer selon son don propre à travers un éventail de modes de participations divers.
3) Pas de fécondité sans Dieu : la prière est la première action à produire, et la plus nécessaire pour la réussite de notre projet.
Un groupe de 25 volontaires s’est alors constitué, sous la conduite de 6 capitaines, investis de 6 grandes missions de préparation : coordination du spectacle, groupe musical AMDG, formation des apôtres, communication, logistique et sécurité, coordination du soutien aérien.
Le spectacle nous paraissait encore un peu dérisoire, et il nous fallait l’assurance de la prière de nombreuses personnes pour faire produire du fruit à notre projet. Le soutien a donc été constitué par la prière de plusieurs communautés religieuses amies, ainsi que par une équipe de jeunes qui prieraient à la chapelle du Dévot Christ pendant que nous évangéliserions dans la rue…

Concrètement, comment votre action s'est-elle déroulée ?
Après les derniers préparatifs et un bon moment de prière commune à Saint-Joseph, nous nous sommes postés sur la Place de Verdun, au pied du Castillet, entre la Casa Payral et la Porte Notre-Dame. A 16h, lorsque nous avons commencé la musique, la place était pleine de jeunes, et durant toute l’après-midi, les gens affluaient en continu des commerces de la Rue Grande des Fabriques.
Une banderole « Venez et Voyez » surmontait un groupe de 5 musiciens : 3 guitares, une basse, et une batterie, soutenus par une amplification de 1000 W. Au micro, les chants de louange alternaient avec des prises de paroles, interview de jeunes cathos, et saynettes d’évangélisation interprétées par des petits groupes d’acteurs costumés. Sur le côté, un atelier de gonflage de ballons à l’Hélium, que nous offrions aux passants, et qui portaient quelques inscriptions bien senties : « Jésus est ressuscité ! » « Souris, Jésus t’aime ! » … Autour une douzaines de jeunes en permanence au contact des passants, auxquels nous distribuions un dépliant intitulé « Qui est Jésus-Christ ? » assorti d’un intercalaire comprenant plusieurs contacts perpignanais, horaires de messes, confessions…
Au total, 25 jeunes portant un polo de rugby rouge confectionnés pour l’occasion avec à l’arrière une citation de Benoît XVI : « Le Christ ne prend rien, et il donne tout ! », et sur la poitrine, la croix du Canigou avec l’inscription : « Il est vivant ! »… Dans la foule, des ballons, des tracts, des sourires… Une opération chic et choc, qui permettait à chaque jeunes de participer à sa manière, pendant que le soutien aérien intercédait pour nous au Dévot Christ !

Quels ont été les fruits de votre action ?

Les fruits spirituels ne sont pas quantifiables : ils appartiennent au secret des cœurs… Toutefois on peut dire que de nombreuses conversations ont été menées. Deux personnes ont contacté les prêtres indiqués sur le tract par mail ou téléphone dans les jours qui ont suivi. 1000 tracts, et 200 ballons ont étés distribués, et plus de gens encore ont au moins aperçu un spectacle qui reliait foi chrétienne à jeunesse et joie, ou entendu des tracteurs leur adresser une bonne parole du style : « Jésus est ressuscité ! » Par ailleurs, une messe a été organisée au pied levé en faveur de tous les étudiants rencontrés qui s’apprêtent à passer des examens, et qui étaient ravis de cette initiative. Elle s'est réalisée le dimanche 30 novembre à 17h 30 à Saint-Joseph…
Il ne faut pas oublier les fruits de cette journée dans notre propre vie… Le lundi suivant, quatre élèves de Bon Secours se rendaient en classe revêtus du polo évangélisateur, et beaucoup d’autres qui ne portaient pas le polo, étaient décidés à témoigner désormais de leur foi avec plus de courage et de générosité…

Quelles leçons tirerez-vous de cette expérience ?

Les leçons sont nombreuses, mais l’abbé Savioz et moi-même en retenons deux en particulier. D’abord il nous a semblé que c’est la joie qui évangélise, car la joie n’est pas très présente dans nos rues, et notre joie venait de Dieu. Nous avons été touchés par les réactions bienveillantes, des jeunes en particulier, qui ont particulièrement apprécié les chants, la musique, les ballons, et le sourire de nos jeunes…
La seconde leçon, c’est qu’il faut avoir le courage de refuser que la foi soit réduite à une affaire privée. Les gens étaient vraiment étonnés de nous entendre parler de Dieu sans détour, mais la période d’hostilité radicale est terminée : notre temps est celui de l’indifférence religieuse, que seul le courage des chrétien pourra désamorcer ! Oui, ces jeunes ont décidé de prendre leur courage à deux mains pour annoncer Jésus, et en même temps tous sont revenus en disant que cela avait été beaucoup plus facile que ce que nous aurions pu imaginer ! Car le Saint Esprit était présent ! Aujourd’hui nous sommes dans l’action de grâce, et tous sont bien décidés à recommencer !! Rendez-vous au prochain épisode !


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